Aller au contenu
La Plume du Poussin La Plume du Poussin
Nouvelles

Introspection

Attente d’auteur

Je tournais comme un lion en cage dans le salon dans la pénombre, les volets croisés pour garder le peu de fraîcheur en ce mois de Juillet. Un coup d’œil vers la Playstation réveilla la culpabilité qui déposa son fardeau sur ma cage thoracique. “Non, perd pas ton temps” me dis-je, comme si une partie de moi voulait me secouer. “Allez ! On va bosser..” Je poussais un long soupir et abdiquais, une part de moi semblait décidée à produire quelque chose plutôt que d’user le carrelage du salon.

Je tirais ma chaise et allumais mon ordinateur, un café posé à côté de la souris. J’observais la roue de chargement de l’écran et sirotais une gorgée en ouvrant mon logiciel. La page blanche illumina l’écran et le curseur clignota au milieu, impatient. Le pincement au cœur ne tarda pas et, plus j’observais cette feuille vide avec sa barre frappant l’écran comme un gardien avec sa matraque, plus je sentais mon souffle s’enfuir.

Des mois sans vendre quoi que ce soit, j’avais écrit bon nombre de textes, d’essais et de romans mais je n’avais rien publié. Encore pire, j’avais fini par délaisser certaines de mes œuvres, laissant suffoquer les personnages dans une intrigue poussiéreuse. Le métier d’écrivain n’était pas évident, il m’avait amené un lot de douleurs que je n’avais jamais ressenties avant. J’étais comme un patient qui sortait du coma, un très long coma, presque trente ans. Mon esprit et mon corps en faisaient maintenant les frais et ma convalescence avait des allures de torture quelques fois. Mais dans les bons moments, me reconnaître pour la première fois dans le miroir et me sentir plus vivant que jamais étaient un vrai délice.

Je détournais le regard, la peur et la tristesse saisirent ma main et je lançais l’application de vidéo de mon smartphone. Ce fut l’effet d’une pilule magique, la musique et les images étouffèrent petit à petit les démons qui s’agitaient dans mon esprit et le sentiment d’angoisse disparut peu à peu pour s’effacer complètement. Je ne réfléchissais plus à rien, mon attention totalement absorbée dans les chorégraphies, entremêlées de publicité que je faisais défiler frénétiquement avec mon pouce.

Je ne sus dire combien de temps cela avait duré. Mais quand enfin je relevais la tête, mon écran d’ordinateur était éteint et mon ventre émit un lourd grondement. Je regardais l’heure sur l’écran verrouillé du téléphone, 12h10… Mon sentiment, à ce moment, était pire que tout à l’heure. Non seulement je me sentais coupable d’avoir perdu autant de temps, mais j’avais l’impression d’avoir reçu un coup de poignard et, qui plus est, d’en avoir été l’auteur. Je me sentais déçu au plus profond de moi, déçu de moi même.

L’après-midi après m’être enfilé cinq ou six cafés, je finis d’écrire un texte dont j’étais assez satisfait. Et qui, je l’espérais, trouverait l’attrait des quelques lecteurs de mon blog. “Ça ne sera pas lui qui mettra du beurre dans les épinards” me lançais-je, un brin moqueur. Pourtant, je me sentis libre à cet instant. Libre de mes choix, libre de créer et d’encrer mes émotions sur le papier pour enfin les partager. Je retrouvais confiance et je sentais le flux d’énergie jaillir de nouveau. J’avais récupéré toute ma vivacité et ma joie d’écrire, telle une machine à deux doigts de s’éteindre qu’on venait de rebrancher.

L’humanité ne fit pas un grand pas à cette révélation. Moi j’en fis un. Ce petit pas de plus vers une vie qui me comprend, une vie dont je suis l’auteur. Pourtant les démons dans ma tête ne s’étaient pas exorcisés. Je les entendais encore. Ils rodaient dans l’ombre de ma peur, souillaient les graines de ma confiance et y affichaient l’étendard de ma colère.

Je veille encore à l’heure où j’écris à rester branché à la source de mon envie, sans rentrer dans la salle d’attente de mes angoisses.

Laisser un retour